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Comment et pourquoi l’agriculture est-elle devenue une menace pour l’eau? Retour sur les causes et les mécanismes d’une histoire récente, qui commence aussi avec l’Histoire. La grande. Celles des cataclysmes et des grandes batailles.

1945, après cinq ans de guerre et d’occupation, la France est libérée. Mais le pays est exsangue, l’industrie aux trois quart détruite et l’agriculture désorganisée. On manque de tout. La pénurie alimentaire menace. Quatre ans après la victoire des alliés, les français sont toujours soumis aux tickets de rationnement.
Comme les mineurs des grands bassins houillers, les agriculteurs sont alors mis à contribution. Il faut gagner la bataille du charbon et de l’énergie. Il faut aussi gagner celle de l’agriculture. Car on compte sur elle pour nourrir une population toujours plus nombreuse et permettre au pays d’acquérir au plus vite son indépendance alimentaire.
COURSE À LA PRODUCTION
L’agriculture française se lance alors dans une formidable course à la production qui, en moins de deux générations va complètement la transformer. Mécanisation, remembrement, extension des exploitations, spécialisation ! Peu à peu, la polyculture de subsistance est remplacée par une agriculture intensive, qui va battre des records de productivité.

En 1950, le rendement moyen du blé était de 18 quintaux à l’hectare. Il atteint aujourd’hui une moyenne de 72 quintaux, avec des pointes de 130. Celui des pommes de terre a été multiplié par 5, passant dans la même période de 13 t/ha à 67 t/ha. Bien entendu, l’élevage n’est pas en reste. En 1950, une vache laitière produisait en moyenne un peu moins de 2000 l de lait par an. Elle en produit en moyenne aujourd’hui plus de 8 000 l. Quant aux élevages destinés à la production de viandes, ils se sont aussi fortement développés. En 1950, la France comptait 6 millions de porcins. Ils étaient près de 15 millions en 2005.
L’agriculture n’a pas seulement gagné la bataille de la pénurie alimentaire. Sur la lancée, elle a poursuivie la course à la production engagée dans les années 50, propulsant la France au premier rang pour la production agricole en Europe et au deuxième rang mondial pour les exportations. En 1997, l’agriculture représentait ainsi 30% de notre excédent commercial. Au quotidien, cette « révolution verte » a aussi permis aux français de bénéficier d’une large diversité de denrées alimentaires de bonne qualité, à des prix toujours plus bas.

Mais la médaille de la performance a aussi son revers. Pour obtenir de tels résultats, l’agriculture a engagé des pratiques et utilisé des produits qui, s’ils sont à l’origine de la moitié des gains de production réalisés, représentent autant de sources de pollution et de déséquilibres des milieux aquatiques. Irrigation, fertilisants et phytosanitaires : ils ont largement contribué à l’essor de la production. Ils sont aussi à l’origine des problèmes d’environnement auxquels est aujourd’hui confrontée l’agriculture.