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Agriculture premier consommateur national d'eau
Premier consommateur national d’eau (50 à 80%), premier émetteur de pollution azotée (80%), deuxième émetteur de phosphore, principale source de pollution d’émissions de polluants provenant des phytosanitaires1 : le bilan environnemental du secteur agricole par rapport à la qualité des eaux présente à l’évidence de nombreux points noirs.

Mais il apparaît avant tout comme l’héritage d’un passé, certes encore récent, marqué par la prédominance des impératifs de productivité sur les considérations environnementales. Bien sûr , on ne saurait affirmer que l'environnement est aujoud'hui devenu prioritaire par rapport à toute considération économique. Mais le rapport entre les deux a évolué et le déséquilibre semble aujourd’hui s’atténuer. Depuis les années 1990, les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs de la profession agricole se mobilisent et multiplient les initiatives pour tenter de concilier production agricole et respect de l’environnement.

La création du CORPEN (Comité d’Organisation pour la Réduction de la Pollution des Eaux par les Nitrates) sur décision des Ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, qui date de 1984, marquait un premier pas dans la prise de conscience des impacts de l’agriculture sur l’environnement. En 1992, cet organisme intégrait dans son champ d’intervention les phosphates et les produits phytosanitaires. En 1993, il élaborait un « code des bonnes pratiques agricoles » qui, bien que ne concernant que la pollution des eaux par les nitrates, comprenait tout un ensemble de recommandations visant à réduire les risques de pollution diffuse. La plus connue de ces recommandations portait notamment sur les périodes pendant lesquelles les épandages étaient inappropriés.

Concrètement, ce mouvement a aussi donné lieu à l’émergence de nombreuses initiatives ayant pour but d’améliorer les pratiques agricoles : opérations Ferti-Mieux, Irri-Mieux ou Phyto-mieux, qui concernaient l’utilisation des fertilisants, l’irrigation et l’utilisation des produits phytosanitaires. Dans le même temps, les Agences de l’Eau développaient de nouveaux programmes d’intervention afin d’inciter les agriculteurs à mieux gérer leurs effluents d’élevage ou à maîtriser les consommations d’eau pour l’irrigation. Le développement du réseau FARRE (Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement) créé en 1993 et qui regroupe près de 500 « fermes de démonstration » a aussi permis d’expérimenter et de développer de nouvelles pratiques agricoles et de maîtriser les risques de pollution.

Epandage de lisier
Toutes ces initiatives ont ainsi contribué à l’émergence d’un nouveau concept : celui de l’agriculture raisonnée, qui « repose sur une démarche globale de gestion de l’exploitation destinée à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement, sans remettre en cause la rentabilité de l’exploitation »2 . Pour promouvoir "l’Agriculture Raisonnée", le Ministère de l’Agriculture a mis en place tout un dispositif avec la création d’un label officiel, la mise en place d’un « référentiel » définissant l’ensemble des pratiques auxquelles devront se soumettre les agriculteurs adhérant à la démarche et la mise en place d’un réseau d’organismes certificateurs chargés du contrôle des exploitations. D’ici 2008, 30% des exploitations agricoles françaises devraient être certifiées « agriculture raisonnée »

L'agriculture française, bien qu’elle implique de profondes modifications au niveau des pratiques, ne remet pas en cause la logique d’utilisation des engrais minéraux et des produits phytosanitaires. Ce qui n’est pas le cas de l’agriculture biologique, qui est un mode de production agricole bien défini, règlementé et contrôlé, excluant le recours aux engrais chimiques et aux produits phytosanitaires. Bien qu’elle ait fait l’objet d’un plan de développement pluriannuel, depuis 1997, l’agriculture biologique demeure néanmoins largement minoritaire en France. En 2003, elles représentaient près de 550 000 ha (soit moins de 2% des surfaces cultivées en France)

Modification des pratiques agricoles
La réduction des risques de pollution de l’eau par les activités agricoles implique la mise en œuvre et la généralisation de nouvelles pratiques. Celles –ci concernent notamment l’irrigation, la fertilisation, la gestion des effluents d’élevages et l’utilisation des produits phytosanitaires.

Irrigation : Il s’agit pour les exploitants de maîtriser leurs consommations d’eau par la mise en place de compteur et l’utilisation de matériels adaptés permettant d’ajuster les apports d’eau aux besoins de la plante. Les connaissances et les techniques permettent en effet aujourd’hui d’évaluer avec précision les volumes d’eau à apporter, en fonction du degré d’hygrométrie du sol et du niveau de maturation de la plante.

Fertilisants : Comme on parle d’"Agriculture Raisonnée", on parle aussi de "fertilisation raisonnée". Les apports de fertilisants sont évalués en fonction de la qualité des sols et des caractéristiques des cultures. Comme pour l’eau, il s’agit de n’apporter à la plante que la quantité d’azote dont elle aura effectivement besoin pour sa croissance, et de le faire au moment le plus propice.

Gestion des effluents d’élevages : Les pratiques concernent en premier lieu les conditions de stockage des effluents, avec des aires étanches permettant d’éviter les risques d’infiltration. Elles portent également sur les conditions d’épandage : respect des périodes autorisées, dosage des quantités de fumiers ou de lisiers apportées, respect des distances par rapport aux cours d’eau, aux puits, aux captages d’eau potable et aux habitations.

L’utilisation des produits phytosanitaires : Ces produits ont considérablement évolué depuis leur apparition et les recherches menées par les industriels ont abouti à des matières actives mieux ciblées et moins persistantes que par le passé. Reste que ces produits sont toujours dangereux et exigent des précautions de stockage et d’emploi draconiennes. On doit par exemple éviter de les utiliser quand il y a du vent. Celui-ci favorise leur dispersion dans l’atmosphère. De même, il convient de ne pas épandre de produis phytosanitaires par temps d’orage.

Actuellement, de nombreuses recherches sont également menées pour trouver des techniques alternatives à l’utilisation des phytosanitaires, fondées sur le recours à des prédateurs biologiques permettant d’éliminer les organismes nuisibles. L’exemple le plus connu est celui de l’utilisation des coccinelles pour éliminer les pucerons. Ces techniques sont sans nul doute appelées à se développer. Elles demeurent pour l’instant assez peu répandues.

1 Courrier de l'Environnement de l'INRA N°37
2 Source : Ministère de l'agriculture, communiqué de presse du 29/03/2004