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Démographie et consommation d’eau
En 1900, la population mondiale était de 1,7 milliard d’individus. Elle a dépassé les 6 milliards en 2000 et les démographies tablent sur une population mondiale de 8 milliards d’individus en 2025. Dans le même temps, la consommation d’eau a augmenté à un rythme beaucoup plus important. On estime qu’elle a été multipliée par 6 depuis la fin du 19ème siècle. Elle a même doublé au cours des 20 dernières années.

En un siècle, la consommation d’eau a donc évolué deux fois plus vite que l’accroissement des populations. Cette augmentation ne résulte donc pas seulement de l’évolution démographique. Elle est aussi la conséquence de l’évolution de nos modes de vie, fondée sur un développement sans précédent des productions industrielles et agricoles, associé à une forte augmentation de la consommation moyenne d’eau par personne.

L'irrigation pour l'agriculture
C’est l’irrigation pour l’agriculture qui, au niveau mondial, représente les volumes les plus importants de consommation mondiale d’eau (65% à 70%). La part de l’industrie en représente 20 à 25%. Et malgré une consommation en forte croissance, notamment dans les pays les plus développés, les ménages et les collectivités ne représentent que 10% de la consommation mondiale.

Le développement de l’irrigation est bien évidemment une conséquence de l’évolution démographique. Car pour subvenir aux besoins alimentaires d’une population sans cesse croissante, il a bien fallu développer l’agriculture, augmenter les surfaces cultivées et accroître les rendements. Les surfaces des terres irriguées ont ainsi été multipliées par 5 dans le monde au cours du dernier siècle.

Nous sommes donc chaque jour plus nombreux sur la planète et consommons de plus en plus d’eau. La conséquence d’un tel phénomène est simple à appréhender. La quantité d’eau douce renouvelable disponible par personne ne peut que se réduire. Elle était de 17 000 m3 par personne et par an en 1950. En 1995, elle avait diminué de plus de moitié, pour se situer à 7 500 m3. En 2025, elle devrait chuter à moins de 5 100 m3 par an et par personne.

Mais ce chiffre est trompeur. Car les réserves d’eau sont inégalement réparties sur la planète. Certains pays semblent bénis des dieux et disposent de grandes quantités d’eau. Pour d’autres, par contre, l’eau est déjà devenue une denrée rare. On estime ainsi que d’ores et déjà 25 pays vivent en dessous du seuil de pénurie d’eau, avec des ressources renouvelables inférieures à 1000 m3 par personne et par an.


Accroissement de la population mondiale de 1900 à 2025


Evolution de la quantité moyenne d’eau douce renouvelable
disponible par personne et par an dans le monde




La répartition des ressources en eau
La disparité des ressources en eau des variations climatiques qui existent sur la Terre. Certaines parties du globe reçoivent d'importants volumes de précipitations et disposent ainsi d'une réserve en eau abondante. Une situation qui, bien évidemment, contraste avec ces "pays de la soif" dans lesquels la pénurie d'eau est aujourd'hui un phénomène récurrent.

9 pays, parmi lesquels le Canada, les Etats Unis, l'Indonésie, le Brésil, la Russie, la Chine, l'Inde et la Colombie, se partagent près de 60% des ressources en eau.
Alors que l’Asie, qui regroupe près de 60% de la population mondiale, ne dispose que de 30% des réserves d’eau. Chaque habitant d’Islande dispose de plus de 1 700m3 d’eau par jour, alors qu’au Koweït, la réserve d’eau douce renouvelable se limite à 30 litres par jour et par personne. Pour satisfaire l’ensemble des usages, Israël dispose de moins de 1000 litres par jour et par personne. La Tunisie, et l’Algérie sont à peine moins bien loties.

A ces disparités inhérentes au climat s’ajoutent d’autres problèmes qui contribuent à accroître les menaces de pénurie : la surexploitation des nappes souterraines, le gaspillage et, bien entendu, la pollution. Dans les zones arides du moyen Orient, certains pays comme l’Arabie Saoudite ou la Libye, qui dépendent en grande partie de nappes souterraines, risquent de voir leurs réserves épuisées dans les cinquante ans à venir. Ils y puisent l’eau dont ils ont besoin à un rythme trop élevé par rapport au temps de renouvellement de ces réserves souterraines.

Par ailleurs, on estime que sur 100 litres d’eau prélevés, seuls 55 sont réellement consommés. En irrigation traditionnelle, plus de la moitié de l’eau utilisée est perdue par évaporation. Les fuites dans les réseaux de distribution d’eau potable, qui représentent jusqu’à 70% du volume d’eau prélevé dans certaines grandes villes des pays en voie de développement comme à Mexico ou au Caire par exemple, constituent aussi une importante source de gaspillage. Enfin, autre facteur aggravant, la pollution des cours d’eau qui, toujours selon les spécialistes, s’accentue et constitue ainsi une menace directe pour l’alimentation en eau potable.


Stress hydrique et seuil de pénurie
Selon l’ONU (Organisation des Nations Unies », un pays est dit en situation de « stress hydrique » quand la réserve d’eau douce de surface disponible est inférieure au « seuil d’alerte » de 1 700m3 par an et par habitant, soit un peu moins de 5000 litres par jour. Il est en situation de pénurie chronique quand ce seuil est de 2 740 litres par jour et par personne. La situation de pénurie absolue est atteinte quand ce seuil est de 1 370 litres. Précisons le à nouveau, ces indices ne prennent en compte que les réserves d’eau dites de surface : rivières, fleuves, lac…Par ailleurs, Ils intègrent non seulement les volumes d’eau nécessaires pour les usages domestiques, mais également ceux utilisés pour l’industrie et l’agriculture. Il s’agit donc d’une moyenne par personne qui englobe l’ensemble des usages pour un pays donné.

Compte tenu de ces différents seuils, la majorité des spécialistes dressent un tableau pour le moins alarmant de la situation. 80 pays, soit 40% de la population mondiale, seraient ainsi en situation de stress hydrique. 28 pays, regroupant 335 millions d’habitants seraient d’ores et déjà en dessous de ce seuil et connaîtraient une situation de pénurie chronique. D’ici 2025, plus de cinquante pays connaîtraient une situation similaire, soit près de 3 milliards de personnes qui auraient ainsi à souffrir de situations de pénuries chroniques.

Mais ces chiffres sont contestés par certains chercheurs. Ils seraient même exagérés, selon Bjorn LOMBORG, auteur de « l’Ecologiste sceptique »1. Ce ne sont pas 80, mais en réalité 15 pays, regroupant non pas 40% mais 3,7% de la population mondiale qui se situent aujourd’hui en deçà du seuil d’alerte de l’indice de stress hydrique. Un autre chercheur, Jean MARGAT, conteste quant à lui la pertinence même des seuils définis par l’ONU. Selon ce spécialiste, l’état de pauvreté en eau correspond au seuil de 1 000m3 par personne et par an. Celui de pénurie en eau absolue est de 500m3. Sur cette base, il a comptabilisé 23 pays en situation de pauvreté ou de pénurie en eau, soit 125 millions d’habitants2.

Les pays souffrant de pénurie chronique (moins de 2 740 litres par jour et par habitant) en 2000 et les projections pour 2025 et 20503

Quantité d’eau disponible par habitant et par jour, en litres

2000

2025

2050

Koweït

30

20

17

Emirats arabes unis

174

129

116

Libye

275

136

92

Arabie Saoudite

325

166

118

Jordanie

381

203

145

Singapour

471

401

403

Yémen

665

304

197

Israël

969

738

644

Oman

1 077

448

268

Tunisie

1 147

834

709

Algérie

1 239

827

664

Burundi

1 496

845

616

Egypte

2 343

1 667

1 382

Rwanda

2 642

1 562

1 197

Kenya

2 725

1 647

1 252

Maroc

2 932

2 129

1 798

Afrique du Sud

2 959

1 911

1 497

Somalie

3 206

1 562

1 015

Liban

3 996

2 971

2 533

Haïti

3 997

2 497

1 783

Burkina Faso

4 202

2 160

1 430

Zimbabwe

4 405

2 830

1 199

Pérou

4 416

3 191

1 680

Malawi

4 656

2 508

1 715

Ethiopie

4 849

2 354

1 508

Iran

4 926

2 935

2 211

Nigeria

5 952

3 216

2 265

Erythrée

6 325

3 704

2 735

Lesotho

6 556

3 731

2 665

Togo

7 026

3 750

2 596

Ouganda

8 046

4 017

2 725

Niger

8 235

3 975

2 573

Pourcentage de la population mondiale confrontée à des problèmes de pénurie chronique

3,7%

8,6%

17,8%






Débat de spécialistes
Plus de 3 milliards de personnes souffriront-elles de pénurie d’eau en 2025, comme le prétendent certains spécialistes ? Ou seront-ils moins nombreux comme l’affirment ceux qui, sans pour autant nier la gravité des problèmes, dressent un bilan plus nuancé de la situation. Il parait difficile de rentrer dans cette querelle de spécialistes. On peut néanmoins s’interroger sur la validité des différents seuils utilisés par l’ONU pour caractériser la situation d’un pays par rapport à sa ressource en eau. D’autant plus qu’une note d’information sur le rapport 1997 de l’ONU souligne que la limite de 2 740 litres « est considérée à tort par certaines sociétés modernes comme la quantité critique permettant la survie d’une société moderne ».

On ne saurait pour autant nier le fait que certains pays sont aujourd’hui confrontés à de réels problèmes de pénurie et qu’ils seront forcément plus nombreux dans les années à venir. Mais ces difficultés n’ont peut-être pas l’ampleur que lui ont attribuée certains spécialistes. De plus, ce n’est pas que la rareté de la ressource en eau qui est seule en cause. L’exemple de pays comme le Koweït et Israël montre que les problèmes de pénurie ne peuvent s’apprécier à partir des seules quantités d’eau disponibles. Ces deux pays disposent en effet des moyens techniques et financiers qui leur permettent de compenser la rareté de leur eau.

Le Koweït produit une partie de son eau potable à partir d’usines de dessalement de l’eau de mer. Israël a développé de nouvelles techniques d’irrigation au goutte à goutte particulièrement efficaces. Les eaux usées y sont recyclées pour l’irrigation. Ce pays importe 87% de ses céréales. Ce qui lui permet de préserver ses ressources en eau.. Il faut en effet 1000 tonnes d’eau pour produire 1 tonne de grain. A l’inverse, un pays comme la Tunisie, ne dispose pas des mêmes moyens financiers ni des mêmes capacités techniques. Il  consacre 80% de ses ressources en eau à l’irrigation, pour pouvoir nourrir sa population.

Ces quelques exemples montrent que, quand on traite du problème de l’eau dans le monde, on ne peut s’en tenir aux seules données concernant les réserves d’eau disponibles. Pour pouvoir évaluer avec précision la gravité de la situation, il faudrait également prendre en compte les facteurs économiques, financiers et techniques. Car si la rareté de l’eau est un fait établi pour un certain nombre de pays, la pauvreté et le faible niveau de développement apparaissent aussi comme autant de facteurs aggravants. Ce n’est pas tant l’eau qui manque, même si ça peut être le cas,  que les moyens de bien gérer la ressource et d’en maîtriser au mieux les usages.

Quant à savoir si ces problèmes risquent de s’aggraver dans l’avenir, la encore on observe que la question fait débat. La situation de pénurie chronique qui pourrait affecter plus de trois milliards de personnes est déterminée à partir de projections prenant en compte la croissance démographique et la ressource en eau disponible. Mais comme le souligne Bjorn LOMBORG4, « il s’agit ni de prévisions ni de pronostics, mais de projections ». Ce qui signifie que si rien n’est fait pour améliorer notre la gestion de l’eau, la situation pourra être effectivement celle que décrivent les spécialistes les plus alarmistes. Mais rien n’est moins sur et, toujours selon le même auteur qui parie sur le progrès technique et sur notre capacité à mieux gérer l’eau, « même si la croissance démographique fait grimper la demande en eau et exerce une pression plus forte sur près de 20% de la population mondiale, il est probable que l’on trouvera des solutions aux risques de pénurie »5

Doit-on partager cet optimisme et considérer que l’eau ne pose pas vraiment de problème grave au niveau mondial. Certainement pas et ce n’est pas non plus ce qu’affirme Bjorn LOMBORG. Mais force est de reconnaître que les tenants d’une vision catastrophiste de la situation s’appuient sur des données quelque peu incomplètes et sur une interprétation des chiffres qui n’est pas toujours exempte de critiques.

1 L’écologiste sceptique : Le Cherche Midi éditions
2 www.u-picardie.fr
3 Source : données ONU in l’Ecologieste sceptique : Le Cherche Midi éditions
4 L’écologiste sceptique : Le Cherche Midi éditions
5 L’écologiste sceptique : Le Cherche Midi éditions