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Le droit à l'eau est considéré au niveau international comme un droit de l'homme
Eau potable et assainissement
Des menaces de pénurie d’eau pèsent sur notre planète. Même s’il paraît pour le moins difficile d’en évaluer avec précision la gravité et l’ampleur, le risque n’en est pas moins réel. Mais le problème ne se réduit pas à une simple question de quantité d’eau disponible que les hommes auraient à se partager dans un proche avenir. Il se pose aussi en termes d’approvisionnement en eau potable et d’hygiène. Et là, il ne s’agit plus de faire de projections ni de parier sur l’avenir, mais de parler au présent.

Aujourd’hui, 1,5 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. 2 milliards sont privés d’installations sanitaires et de réseaux d’assainissement. Chaque année, 4 millions de personnes meurent de maladies provoquées par une eau insalubre. Chaque jour, ce sont 6000 enfants qui meurent pour avoir bu une eau qui n’était pas potable. Les hommes ne sont pas tous égaux devant cette ressource indispensable et ne peuvent pas, partout dans me monde, satisfaire des besoins pourtant considérés comme fondamentaux.

L’accès à l’eau potable et le développement des réseaux d’assainissement apparaissent ainsi comme une priorité qui mobilise les états et les organisations internationales. En 2000, l’ONU (Organisation des Nations Unis) s’est engagée, dans le cadre de l’objectif de développement pour le Millénaire, à réduire de moitié, d’ici 2015 le pourcentage de personnes qui n’a pas accès à l’eau potable. En 2002, Le sommet Mondial sur le développement durable a également fixé pour objectif de réduire de moitié, d’ici 2015, le pourcentage de population qui n’a pas accès à l’assainissement. Le droit à l’eau est considéré au niveau international comme « un droit de l’homme ».

En fait, cela fait plus de 20 ans que les rencontres internationales sur l’eau se succèdent et donnent lieu à de grandes déclarations d’intention ou à des décisions qui sont, hélas, rarement suivies des faits. Cette mobilisation témoigne néanmoins d’une prise de conscience à l’échelle planétaire, ainsi que de l’a volonté des états de mieux maîtriser la ressource en eau et d’en assurer un partage plus équitable. La première conférence internationale sur l’eau se déroula à Mar Del Plata en Argentine en 1977. Suite à la conférence de Dublin sur l’eau et l’environnement (1992) et à la conférence de Rio sur le développement durable (1992), a été créé en 1996 le « Conseil Mondial de l’Eau ». Cette organisation internationale a pour but de promouvoir une meilleure gestion des ressources en eau au niveau mondial et d’amener les états à s’engager sur des principes d’actions concrets.


Le prix de l’eau
Engager 180 millions de dollars par an pendant 25 ans
Tous les trois ans, le Conseil Mondial de l’Eau organise un Forum Mondial de l’Eau. Le premier a eu lieu à Marrakech, en 1997 et ne réunissait que 250 personnes. Le second fut organisé à La Haye, au Pays Bas, avec plus de 6000 participants. Le troisième s'est déroulé à Kyoto, au Japon et a rassemblé plus de 24 000 personnes. Le dernier Forum Mondial de l'eau, organisé au Mexique en 2006, a rassemblé 13 000 participants. Le prochain est prévu en 2009 à Istanbul. Comment assurer l’accès à l’eau potable et à l’hygiène au plus grand nombre, notamment dans les pays les moins développés, tout en préservant au mieux une ressource en eau qui se raréfie : tel est le grand défi auquel doit aujourd’hui faire face la communauté internationale. Telle est aussi la grande question qui fait l’objet des débats et des échanges lors des rencontres du Forum Mondial de l’Eau.

Mais bien sûr, cette question soulève de fortes divergences, comme on a pu le constater lors du dernier Forum de la Haye où deux conceptions de la gestion de l’eau se sont affrontées. En effet, il ne suffit pas de déclarer que l’accès à l’eau potable relève d’un droit fondamental de l’homme. Il faut aussi trouver et mettre en œuvre les moyens pour que ce droit devienne une réalité. C'est-à-dire construire toutes ces infrastructures qui permettent de rendre l’eau potable, de l’acheminer vers les habitations, de récupérer les eaux usées, de les dépolluer. Il faut aussi développer de nouveaux systèmes d’irrigation pour mettre un terme aux gaspillages et aux consommations excessives. Or tout cela exige de l’argent. Beaucoup d’argent. Selon le Conseil Mondial de l’Eau, pour améliorer la gestion de l’eau dans les pays en voie de développement et pour respecter les grands engagements internationaux, il faudrait doubler les investissements actuels et engager 180 millions de dollars par an pendant 25 ans1.

Pour les membres du Conseil Mondial de l’Eau, on ne pourra y parvenir qu’en faisant appel aux investisseurs privés, qui bien évidemment chercheront à rentrer dans leurs frais à en tirer quelques bénéfices en faisant payer l’eau. Pour les Organisation Non Gouvernementales, cela reviendrait en fait à privatiser la gestion de l’eau et à priver les plus pauvres d’un droit fondamental, puisqu’ils n’auraient pas les moyens de se payer un tel droit.

Il y a donc un débat de fond qui opposent ceux qui considèrent que l’eau est « un bien commun » dont chacun doit pouvoir bénéficier et ceux qui pensent que l’eau est un « bien économique », qu’il faut payer pour pouvoir en profiter. Cependant, un autre élément intervient dans ce débat qui relève trop souvent d’une vision idéologique des problèmes. La réalité est autrement plus abrupte. Si on ne faisait payer l’eau que pour couvrir uniquement les frais de traitement, de distribution et de dépollution, les populations les plus démunis et les plus pauvres ne pourraient de toute manière pas y avoir accès. De l’eau pour tous ! Oui, mais les pays les plus riches et les plus avantagés sont-ils prêts à en payer le prix et à financer à perte pour que ceux qui n’ont pas les moyens de payer l’eau, ou ne peuvent en payer qu’une partie, puissent en profiter ? La question reste ouverte !


1 Conseil Mondial de l’Eau – communiqué du 23 mars 2003, Forum de Kyoto